Pourquoi le système du «tout d’un coup» de Netflix est devenu obsolète

S’il y a quelques années, avoir toute une saison d’un seul coup ravissait les fans de séries, aujourd’hui les mentalités ont un peu changé. Le système du « tout d’un coup » de Netflix commence même à devenir quelque peu obsolète.

Non, Netflix n’a pas inventé le binge-watching. Le fait de regarder à la chaîne des épisodes de séries n’a rien de nouveau et existe bel et bien depuis des décennies. En revanche, impossible de nier que la plateforme de streaming a clairement démocratisé ce concept et cette pratique.

Binge-watch est devenu une action, francisée dans le langage courant : « binge-watcher, je binge-watch, etc. ». Et tout part de Netflix voulant se démarquer de la télévision dite classique. Car on le sait tous, la plateforme ne dévoile pas ses séries originales par épisode mais bien par saison toute entière. Netflix parle même de « Volume » ou de « Partie » pour se différencier davantage.

Et s’il y a quelques années, cela ravissait les fans de séries qui pouvaient découvrir tout un nouveau chapitre d’histoires de leurs personnages préférés, aujourd’hui les mentalités ont un peu changé. Le système du « tout d’un coup » de Netflix commence même à devenir quelque peu obsolète.

La pression du spoil

Quelle est la peur numéro 1 chez les personnes qui regardent des séries ? Bien évidemment d’être spoilé. Et ce système de « tout d’un coup » de Netflix n’a eu de cesse d’accentuer cette peur, que dis-je, ce fléau qu’est le spoil. Si à l’époque, il était difficile d’être vraiment spoilé, à part peut être à la machine à café si les collègues débriefaient l’épisode de la veille au soir, aujourd’hui c’est devenu monnaie courante. Alors oui, il y a la variable réseaux sociaux. Avec surtout Twitter qui pèse dans la balance. Mais il y a surtout ce problème des saisons entières mises d’un coup sur la plateforme.

Car oui le fait de mettre 8, 10 voire 12 épisodes le même jour accentue le risque de se faire spoiler. Tout le monde ne peut se permettre (surtout un vendredi, jour où les séries Netflix sont mises en ligne) de passer huit heures voire plus devant son écran, notamment et logiquement à cause de l’école ou du travail. Alors, on attend le week-end, voire les soirs de la semaine suivante pour regarder tranquillement notre série. Mais pendant ce temps là, il y a eu des personnes qui ont eu le temps de regarder toute la saison le vendredi. Elles ne vont d’ailleurs pas se gêner pour donner leur avis et spoiler sur les réseaux.

Alors c’est normal, on ne va pas empêcher les gens d’en parler. Mais il est indéniable que cela provoque une pression chez les autres, qui doivent finir à tout prix leur série au plus vite, pour éviter d’être spoilé. Le risque ici est de ne plus forcément apprécier la série à sa juste valeur et d’enchaîner les épisodes dans la volonté d’en finir au plus vite.

La frustration du lendemain

On enchaîne les épisodes, on commence à 9 heures du matin pour finir vers 18 heures et voilà. La saison est finie. Plus rien. Plus qu’à attendre un an au bas mot (si la série a la chance d’être renouvelée) avant de découvrir de nouveaux épisodes. Ce phénomène de frustration fait alors son apparition. Il combine à la fois la frustration de devoir attendre et la colère de ne pas avoir su se contrôler en ayant visionné tous les épisodes d’un coup. Netflix nous fait développer un manque, un peu comme une drogue dure, qui pourtant ne nous est pas vitale mais qui nous maintient énervé.e ou triste quelques heures ou quelques jours après visionnage. Une période de sevrage lors des 364 autres jours de l’année est donc peut être bien utile, mais toujours aussi frustrante.

L’esprit de communauté perdu ?

Bien sûr qu’il existe toujours des fanbases des grosses séries du catalogue Netflix, comme Stranger Things ou Sex Education mais existe t-il un vrai esprit de communauté ? Là où les séries « normales » imposent un rendez-vous hebdomadaire à leurs inconditionnels et les réunit à une date précise qui permet à quasiment tout le monde de regarder en simultané, les séries Netflix offrent certes une date imposée mais pour regarder toute une saison.

Mais comme dit au dessus, tout le monde n’a pas la possibilité de binge-watcher une série pendant plusieurs heures. Chacun regarde alors à son rythme (le plus vite possible tout de même) et l’on perd cet esprit de communauté. En effet si Jean-Jacques en est à l’épisode 2 mais Ginette en est déjà à l’épisode 6, ils évitent de se parler pour ne pas risquer de spoiler l’autre. Ce n’est qu’une fois terminé qu’on va débriefer tous ensemble pendant 10 minutes. On va s’échanger nos impressions, nos ressentis puis hop, on passe à autre chose.

La diffusion hebdomadaire impose quant à elle un échange chaque semaine entre les membres de la communauté sur chaque épisode. Elle entretient cet esprit de communauté en ouvrant le débat tout le temps de la diffusion de la série. 

La série Wandavision a été en tendances Twitter chaque semaine grâce à sa diffusion hebdomadaire, permettant aux fans de discuter à chaque fois de leurs nouvelles théories.

« Euh attends, je sais plus dans quel épisode c’est. »

Autre problème avec cette diffusion « tout d’un coup » par Netflix, c’est bel et bien que l’on ne se rappelle plus de ce qu’il se passe, même quelques jours après avoir regardé. 

Le fait d’enchaîner à outrance les épisodes nous fait voir la saison comme un grand ensemble. Non plus comme une succession de chapitres. On se rappelle des grandes lignes, de ce qu’il s’est passé pour tel ou tel personnage dans l’ensemble. Cependant, on serait bien incapable de se rappeler dans quel épisode tel événement se passe.

Le fait de ne regarder qu’un épisode par semaine impose un cadre. Ce cadre spatio-temporel nous aide à mieux segmenter chaque saison d’une série, chaque épisode d’une saison.  

La concurrence de Netflix change la donne

Si Netflix avait il y a quelques années un fort monopole sur le terrain des plateformes de streaming, il est aujourd’hui plus difficile d’en dire autant. En effet, le confinement a permis à des centaines de milliers d’utilisateurs d’avoir le temps de découvrir d’autres plateformes. Surtout, ces dites plateformes qui se sont développées à outrance, ont proposé une vraie alternative face au géant netflixien.

La liste des nouveaux arrivés est longue mais elle comporte surtout un concurrent de taille : Disney+. La plateforme du géant américain n’a certes pas encore une interface aussi intuitive que Netflix mais elle a un atout énorme : elle diffuse les séries Marvel. Et force est de constater que ces derniers mois, les séries dont tout le monde a parlé sont bien celles-ci : Wandavision, Loki, The Falcon and the Winter Soldier
Et comment ont-elles été diffusées ? Au rythme d’un épisode par semaine, forçant les fans à attendre, à développer des théories, à en parler, à en débattre.

Et cela ne se restreint pas uniquement aux séries Marvel. Il en est de même pour leurs séries originales comme Monsters at Work ou les séries qu’ils importent directement de Hulu ou FX comme Love Victor (même si la saison avait été complètement diffusée sur Hulu quelques semaines avant) ou Only Murders in the Building

Par ailleurs, Disney+ n’est évidemment pas la seule plateforme à proposer maintenant ses séries épisode par épisode. Netflix, fait en réalité, office d’exception. Apple TV+ propose chaque vendredi ses nouveaux épisodes de Ted Lasso ou The Morning Show. De même pour HBOMax qui met en ligne un épisode de son reboot de Gossip Girl par semaine. Idem pour Prime Video qui propose le même rythme pour ses séries originales, comme Nine Perfect Strangers avec Nicole Kidman.

La série Ted Lasso est aussi diffusée au rythme d’un épisode par semaine sur AppleTV+

En bref…

Le système du « tout d’un coup » de Netflix, même s’il a eu ses heures de gloire et ses aficionados ces dernières années, commence à devenir obsolète et à ne plus correspondre aux préférences des utilisateurs. Ils ne sont en effet plus forcément enclins à vouloir dévorer sans limite les séries. Leur mode de consommation a changé, préférant un visionnage “responsable” et modéré.

L’objectif recherché étant de savourer sur plusieurs mois les histoires qu’ils affectionnent. On peut également penser à toutes les équipes qui fabriquent ces séries, qui y passent des mois voire des années et qui voient leur travail balancé d’un seul coup et parfois oublié quelques jours plus tard…

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